Adolphe Braun (1812 – 1877) traverse le 19e siècle tel un explorateur de l’image figurative. Après des études artistiques parisiennes où il fait l’apprentissage de l’art du dessin et de la peinture, il crée, en 1834, son atelier de dessin d’industrie dans sa région natale, près de Mulhouse, pour accompagner l’industrie textile qui tourne à plein régime. Braun peint en délicatesse des fleurs à la manière d’un Botticelli, s’inspire de la nature mais va transcender celle-ci par son imagination foisonnante. Le jeune entrepreneur découvre, à cette époque, un nouveau médium qui permet de saisir le réel en écrivant avec la lumière par l’intermédiaire d’un procédé chimique découvert par Joseph Niépce en 1826, et amélioré par Louis Daguerre en 1833 : la photographie.

Dans les années 1850, Braun se passionne pour cette technique et saisit, dès 1854, une collection de fleurs (chrysanthèmes, pieds d’alouette, digitales…) éclairées à la lumière du soleil avec des temps d’exposition dépassant la dizaine de minutes. Ce travail est alors destiné aux dessinateurs industriels pour son atelier. Il présente ces bouquets à l’Académie des sciences qui connaitront un vif succès à l’exposition universelle de Paris.  S’inspirant de Claude Monet, Braun compose des natures mortes et en saisit de subtiles compositions en noir et blanc.

Après l’univers des fleurs, Adolphe Braun se focalise sur la prise de vue de sa région : « L’Alsace photographiée » (de 1858 à 1859), dans cet ensemble tous les monuments et sites importants prennent la pause en lumière naturelle. Il collecte ces données et les regroupe dans un livre précieux tiré à un nombre réduit d’exemplaires. A cette occasion, il se voit décerner la croix de Chevalier de la Légion d’honneur, immédiatement suivie du titre de photographe de Sa majesté l’Empereur Napoléon III.

La technique photographique évolue et Braun est toujours à la pointe des dernières nouveautés. De fait, il s’intéresse à la stéréoscopie, qui permet de prendre deux prises de vue en décalé, et ainsi recréer une image en relief perçue par les deux yeux en même temps, à la façon des lunettes anaglyphes 3D. Son travail de série continue à travers les animaux de la ferme (vache, cheval…) où l’animal est photographié de profil, comme dans certaines représentations des peintures animalières de Rosa Bonheur. A la fin des années 1860, Braun s’intéresse à la Suisse et fait venir une vingtaine de modèles dans son atelier de Dornach, devant des décors en toile peinte géante : la Zurichoise ou l’Appenzelloise pausent en intérieur ou en extérieur artificiels, ces photos sont parfois colorisées et sont destinées à la vente pour les premiers touristes. Le pays alpin l’entraîne aux sommets des montagnes.

Son travail n’est pas s’en rappeler les peintures romantiques de Caspar David Friedrich, où les sentiments de solitude et d’impuissance de l’homme face aux forces de la nature saturent la toile. L’équipement photographique de l’époque, lourd et volumineux à transporter, demandait à concevoir une réelle expédition humaine pour mener à terme l’aventure. L’entreprise Braun acquiert dans cette période une renommée européenne grâce aux prises de vue de paysages et à un savoir-faire technique à la pointe de l’innovation, en évolution constante, grâce aussi à la qualité de ses prises de vues panoramiques urbaines.

Les prises de vue d’Egypte, réalisées par son fils Gaston, ont également fourni une nouvelle source d’inspiration pour l’orientalisme, alors très en vogue au 19e siècle. Cette série a été composée pour l’ouverture du canal de Suez en 1869. Ces photographies égyptiennes représentent la vie quotidienne et l’environnement naturel du Nil, elles ont été utilisées par des artistes variés, tel le peintre Eugène Fromentin exposé à côté de photographies de paysages exotiques.

Pendant la guerre de 1870 entre la France et la Prusse, Braun s’intéresse aux architectures effondrées. Ruines provoquées par les bombardements comme autant de graphismes du chaos. Braun marche dans les pas d’Hubert Robert : le photographe ne montre pas la guerre en action, mais son résultat, et témoigne comme un photojournaliste relatant le conflit.

L’exposition s’achève par la reproduction d’œuvres d’artistes renommés en provenance des plus grands musées européens (Musée du Louvre, Kunstmuseum de Bale, Galerie des Offices de Florence, la Chapelle Sixtine,…) et de collections privées. Adolphe Braun avait la volonté de rendre accessible le patrimoine artistique via la photographie aux artistes, aux historiens de l’art, mais surtout à tout un chacun, convaincu de l’importance du partage et de la diffusion du savoir.

A travers un parcours thématique, le visiteur est confronté à une œuvre photographique faisant écho à des œuvres picturales ou gravées tout en subtilité. Photographies et peintures traitent des mêmes sujets, chaque médium s’inspirant réciproquement de l’autre.

Adolphe Braun s’inspire de Claude Monet et, en retour, Gustave Courbet s’inspire d’Adolphe Braun, en un dialogue fluide, limpide, et une correspondance virtuelle de formes plastiques. La photographie, tout jeune médium, entre à cette époque en concurrence avec la peinture figurative et se positionne progressivement comme un nouvel art. Adolphe Braun, par ses multiples études et séries, s’implique par sa vision du réel et par ses émotions, il témoigne ainsi d’un rôle lumineux au sein de la société.

(« L’évasion photographique – Adolphe Braun » au musée Unterlinden à Colmar, du 17 février au 14 mai 2018, http://www.musee-unterlinden.com/ ; tous visuels photos Stéphane Chemin)

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