« Action <-> Réaction, 100 ans d’art cinétique » au Kunsthal de Rotterdam
La Kunsthal choisit de renouveler l’exposition à succès parisienne « Dynamo » de 2013, en collaboration avec la Réunion des musées nationaux et le Grand Palais à Paris pour faire découvrir un art basé sur la perception du mouvement par l’œil humain. Les artistes de l’art cinétique mettent en scène l’espace : le lieu où pourront se mouvoir mécanismes, lumières, couleurs ou effets d’optique. Des recherches qui s’appliquent en peinture, en sculpture, en films d’animation ou sous la forme d’installations interdisciplinaires basées sur l’observation du visiteur. Quatre vingt œuvres d’artistes historiques, contributeurs prestigieux au développement de l’art cinétique, sont exposées à travers douze thématiques couvrant les différentes apparences de la perception et de la pratique, tels que la lumière, le mouvement, le rythme, la structure, la vibration, l’instabilité, le rayonnement, etc. Ces œuvres agissant sur les sens et interagissant avec le visiteur.
L’art cinétique se veut être une réponse d’artistes d’avant-garde du début du 20e siècle face au progrès des sciences et des technologies, l’industrie transformant alors drastiquement la société… Dès les années 1910, les futuristes ont développé des recherches sur le mouvement à travers la peinture, les couleurs et les motifs à répétition. Marcel Duchamp s’intéresse de près à la retranscription du mouvement dans sa peinture « nu descendant un escalier ». En 1925, il réalise le film d’animation abstrait « Anemic cinema », composé d’illusions optiques. Il développe par la suite des « Rotoreliefs » formés de disques de carton, imprimés de motifs en spirale et à positionner sur des tourne-disques afin de créer l’illusion du volume. Alexandre Calder conçoit en 1932 ses premiers « Mobiles », composés de pièces de métal articulées permettant à des surfaces peintes de couleurs primaires de flotter dans l’espace avec grâce au gré du souffle du vent. Jean Tinguely introduit quant à lui des moteurs électriques pour animer ses œuvres… l’apport de ces artistes est considérable par le fait d’ajouter une nouvelle dimension à l’art, qui n’était jusque là que statique.
La génération d’artistes d’après-guerre se veut encore plus radicale en développant des concepts abstraits minimalistes. La « Sphère – trames » de François Morellet est composée de tubes métalliques industriels soudés formant une sculpture suspendue dans l’air. L’œuvre se transforme en action par de simples effets d’optique, l’artiste est en recherche de neutralité et applique rigoureusement des notions de géométrie en propageant une approche spatiale. En 1960, il cofonde avec d’autres artistes le GRAV (Groupe de recherche d’art visuel). Au sein de ce groupe, Julio Le Parc s’aventure sur le terrain de la lumière pour stimuler l’expérience sensorielle de l’observateur. Dans « Continuel – Lumière cylindre » l’artiste allie mouvement, lumière et énergie dans une scénographie jouant sur des alternances de clarté et d’obscurité.
L’art cinétique se mêle à « l’Op Art » (Optical art) qui s’amuse à tromper l’œil, à brouiller la vision à travers des illusions d’optique. Dès lors, les effets restent uniquement visuels et virtuels et l’œil n’est que le moteur de l’œuvre. Les œuvres donnent le sentiment de mouvement ou de vibration, jusqu’à créer l’instabilité auprès du visiteur. Des pièces de Victor Vasarely, Bridget Riley ou encore de Philippe Decreuzat sollicitent le corps du spectateur basé sur l’expérience perceptive.
L’installation « Chromosaturation » de Carlos Cruz-Diez permet de déambuler dans un environnement baigné de lumières artificielles saturées de trois couleurs (rouge, vert, bleu). Le visiteur pénètre au sein d’une œuvre d’art immatérielle, captivante. L’artiste expérimente l’expérience de la couleur chez le spectateur en perturbant le traitement de la lumière par l’œil. L’installation « Pénétrable » de Jesús Rafael Soto invite à traverser un rideau de fils de plastique jaunes afin d’y être absorbé, comme si le visiteur fusionnait avec l’œuvre : l’artiste questionne ici l’implication du spectateur au sein de son œuvre.
Poétique, le « voile bleu » de Hans Haacke met en scène un carré de tissu bleu de plus de deux mètres fixé au plafond par quatre cordes, les points de la suspension sont équilibrés avec des poids de pêche. Sous le tissu, se trouve un ventilateur se déplaçant en demi-cercle autour de son propre axe. Le vent que produit celui-ci gonfle la voile bleue, provoquant des vagues perpétuelles. Ici, tout est épuré, le ventilateur insuffle vie et mouvement : cette poésie abstraite fascine celui qui regarde.
Abstractions géométriques, lumières électriques de tubes néons, flashs, visions perturbées, reflets de miroirs infinis… L’art cinétique est un art en mouvement, ou qui donne l’illusion du mouvement. L’action se meut en réaction avec des artistes qui conjuguent énergie, espace et lumière, dans le but de mettre en scène des expériences perceptives par tous en incorporant une dimension ludique et qui frappe la vue.
« Action <-> Réaction » – Kunsthal, Rotterdam
22 septembre 2018 – 20 janvier 2019
https://www.kunsthal.nl/en/home/plan-your-visit/exhibitions/action-reaction/
« Pure Rubens » : l’œil et la chair au Musée Boijmans Van Beuningen de Rotterdam
Née d’une collaboration entre le Musée Boijmans Van Beuningen de Rotterdam et le Musée national du Prado de Madrid, l’exposition événement « Pure Rubens » présente croquis et études à l’huile du maître baroque flamand Pierre Paul Rubens (1577-1640), considéré comme le peintre d’esquisses le plus important dans l’histoire de l’art européen. Ses œuvres préparatoires révèlent un talent absolu qui lui permettait de donner vie à son imagination fertile et d’expérimenter ses idées lors de la conception d’une œuvre.
Au cours de sa carrière prolifique, Rubens a peint environ cinq cents esquisses préparatoires. Parmi les quatre vingt dix œuvres exposées à Rotterdam, une soixantaine de croquis à l’huile ont été réalisés avec une maîtrise incroyable. On y voit un artiste au sommet, un créateur absolu qui développe un dessin avec une aisance certaine, croqué dans l’instant. Chaque personnage ou animal semble vibrer sur le support, donnant une impression troublante de vie. On apprend que certaines des esquisses ont été réalisées par Rubens afin d’y trouver des idées en vue de créer de nouvelles compositions, de pouvoir les présenter à ses clients, d’accompagner ses collaborateurs, ou enfin les trois à la fois…
Auparavant, les artistes dessinaient à la plume avec de l’encre noire sur papier pour esquisser leurs œuvres. L’apport de Rubens est alors perçu comme novateur. Abandonnant le papier, il développa un processus préparatoire pour inclure des images peintes à l’huile et sur des supports pérennes, tel le bois. Peindre des esquisses à l’huile permettait de passer du dessin monochrome à un monde en couleurs créant une illusion de vie : expressions du visage, textures de chair, reflets de lumière. Rubens s’est ainsi attaché à retranscrire et à décrire le mouvement. Dans son œuvre, tout est mouvement et le regard circule à travers une géométrie secrète des volumes… A la différence du travail final, le croquis se veut moins précis et moins détaillé : l’œil perçoit la structure de l’œuvre par l’utilisation de fines couches de peintures. Le coup de pinceau se veut dynamique mais délicat, les esquisses incitent le visiteur à apprécier les qualités de son art pour conter des histoires à travers une œuvre picturale singulière qui donne un sentiment de proximité.
Il est bon de le rappeler, Rubens était appelé par ses contemporains le « dieu des peintres » ! Non sans fondement… D’ailleurs, il fut le plus influent et le plus prospère de son époque. Son œuvre préparatoire est habitée d’une grande simplicité et d’une virtuosité exceptionnelle, l’artiste diffuse une énergie créatrice au sein de ses compositions dessinées. L’exposition offre la possibilité de comparer croquis et tableaux finalisés. Un changement d’échelle où la magie inhérente aux grands formats opère sa transformation vers une beauté plus formelle et un décor baroque flamboyant.
La ville de Rotterdam n’oublie de fêter Rubens : les vitrines de la Nieuwe Binnenweg se parent aux couleurs de l’artiste en proposant des spécialités culinaires (pains, bières, fromages) spécialement pour l’exposition. L’art inspire également la mode en proposant un vestiaire baroque étonnant qui pourra vous rhabiller pour cet hiver… Une mine de découvertes culturelles au programme vous attend à Rotterdam !
https://www.boijmans.nl/en/exhibitions/rubens-oil-sketches
Pour plus de renseignements, visitez https://www.holland.com/fr/tourisme/destinations/rotterdam.htm